On avait mangé dans des assiettes bordées de noir, des soupes à la tortue, des pains de seigle russe, des olives mûres de Turquie, du caviar, des poutargues de mulets, des boudins fumés de Francfort, des gibiers aux sauces couleur de jus de réglisse et de cirage, des coulis de truffes, des crèmes ambrées au chocolat, des poudings, des brugnons, des raisinés, des mûres et des guignes ; bu, dans des verres sombres, les vins de la Limagne et du Roussillon, des Tenedos, des Val de Peñas et des Porto ; savouré, après le café et le brou de noix, des kwas, des porter et des stout.Le dîner de faire-part d’une virilité momentanément morte, était-il écrit sur les lettres d’invitations semblables à celles des enterrements.
Joris Karl Huysmans, A rebours, 1884.
Il manquait quelques mets sombres pour illuminer le trouble de la table de Des Esseinte, nous avons tenté, en jouant des contraste de ne pas la ternir . Et nous nous sommes éloignées du noir total en développant un camaïeu noir violet parfois rehaussé de blanc : il y avait à notre table la salade de bella, du chou rouge au talauma, des latkess de betteraves et leur sauce balsamique, un risotto al nero di sepia suivi de seiches marinés ornée d'une émulsion de tamarin et en dessert une galette Balthazar et un sorbet pomme-épice...