Cupcakes & Intervention
Par Sidonie le dimanche 27 février 2011, 12:56 - Lettre à Ménécée - Lien permanent
1. Qu'est-ce que le cupcake ?
Le cupcake est un petit gateau assez banal, recouvert d'un large glaçage et de décorations outrancières en tout genre.
Le cupcake est une sorte de robe de mariée de toutes les couleurs ; indigeste, trop sucré, trop coloré, écœurant...

2. Qu'est-ce qu'une "intervention" ?
C'est une coutume anglo-saxonne qui consiste à intervenir auprès d'un proche pour lui signaler un comportement abusif, c'est très cérémonial et extrêmement ritualisé
Cela nécessite une préparation suivant le processus suivant :
a. Un groupe G à l'empathie développée souffre de l'attitude abusive de l'individu XY. Le Groupe G se réunit pour fomenter et décider du moment idéal pour intervenir. Ces conditions idéales réunies permettront de donner un horaire et un lieu de rendez-vous. De préférence un terrain non hostile et familier, pour éviter le développement chez l'individu XY d'un sentiment persécutoir et le risque d'un passage à l'acte ou pire encore la persistance irrémédiable de ses déviances
.
b. Il y a une bannière avec écrit "This is an intervention"
c. Il y a des cupcakes multiples (99 en l'occurrence) préparés par I&S
d. Chacun écrit un petit discours sur un papier, qui doit relater un souvenir réel ou non, commun ou non, censé prouver notre affection et notre affliction et qu'on a raison
e. Chacun lit son petit papier avec un air affligé, puis pleure
f. Tout le monde est aligné sous la bannière
g. L'individu XY pleure et doit engloutir AU moins 10 cupcakes pour finaliser le rituel en communiant avec le groupe.
3. Mystère de la transsubstantiation du cupcake.
Offrir un cupcake à l'individu XY revient à lui proposer performativement de dévorer sa faute.
La multiplicité des cupcakes permet d'accroître ce pouvoir performatif en permettant au dévoreur de la faute de digérer sa culpabilité.
Le caractère communautaire de cette offrande multiples de cupcakes permet d'opérer un transfert de la faute et de la culpabilité de l'individu XY sur le groupe G.
la pratique de la "cupcake intervention" signe ainsi les qualités éminemment transsubstantielles de ce met aux fioritures si excessives.
Cet objet culinaire transsubstantie ainsi la faute d'un individu et le reflet de cette faute sur le groupe.

Le caractère écœurant du cupcake permet de consumer la faute : un met trop fin ferait oublier le péché originel.
Des milliers de cupcakes là : http://cupcakeblog.com/

Commentaires
Brilliant !
La rédemption à grands coups de sucre glace.... Ou comment remplacer les obsessions compulsives par l'imparable simplicité addictive de la gastronomie américaine.
Il ne vous reste plus qu'à écrire un bouquin de psycho-socio-patisserie !
Très chèr(e) Céréales Killer,
Nous vous remercions de votre vive et lucide sagacité.
En effet la pertinence de votre commentaire ne fait qu'accroitre notre frénétique ambition de fonder, un jour, bientôt, le paradigme de la psycho-socio-pâtisserie.
Dans l'attente de ce un jour, bientôt quelques bribes pour y penser ... en lisant ce livre " Un psychanalyste chez Guy Savoy"
http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:Un_psychanalyste_chez_Guy_Savoy
I,
Pour I&S.
Bonjour,
Je tiens à apporter mon témoignage de façon anonyme.
En effet, j'ai l'honneur d'avoir fait l'objet d'une telle intervention aux cupcakes.
Je dois dire en préambule que la découverte de ce billet a été un peu un choc pour moi. Je ne savais pas qu'il existait un tel soubassement théorique. Mon expérience personnelle de l'intervention aux cupcakes n'était pas du tout conceptualisée, c'était un pur vécu sensible. A présent c'est comme si la naïveté et la candeur qui me nimbaient jusque là s'étaient désagrégées, pour me révéler une réalité bien plus âpre, clinique.
Toutefois cette sensation n'enlève rien à l'efficacité de l'intervention, dont je continue de percevoir les bénéfices tous les jours. Je crois en effet pouvoir dire que je suis revenu de mon "comportement abusif" et que mon mode de vie est aujourd'hui beaucoup plus tempéré.
Mais puisque nous en sommes à la théorie, je voudrais apporter ma pierre à l'édifice et soumettre ici une thèse.
Cette thèse est née d'une discussion avec une amie proche, dont je tairai pour des raisons évidentes l'identité. Je la nommerai "Y". Y a elle aussi un comportement abusif, de même nature que celui dont je souffrais avant mon intervention : elle ne s'arrête jamais de travailler. Comme je lui faisais le récit de mon intervention, et tentais de lui expliquer ce que les cupcakes étaient au juste, elle m'interrompit en m'informant que la notion de cupcake ne lui était pas du tout étrangère, que justement un jour à son travail, ses collègues avaient surgi par surprise dans son bureau avec de tels petits gâteaux ! Mais, m'écriai-je alors, tu as donc été toi aussi victime d'une intervention (prononcer inntèrevenchionne) !!! A ma grande surprise Y me soutint que non, il ne s'agissait pas d'une intervention, simplement de cupcakes, qui l'avaient d'ailleurs détournée du régime auquel elle s'astreignait par ailleurs.
Ce déni ne peut signifier selon moi qu'une chose : le refus de voir la réalité de l'intervention en face, et surtout la raison profonde de celle-ci, i.e. le comportement abusif de mon amie Y.
De cette anecdote édifiante, je retire une hypothèse forte :
L'arrivée inattendue de cupcakes est une condition nécessaire et suffisante pour qu'il y ait intervention.
ou si l'on préfère :
Là où il y a cupcakes inattendus, il y a intervention.
Je livre ces axiomes à votre contemplation et vous prie, Ivanne, Sidonie, Ivanne et Sidonie, et vous autres insoupçonnés artisans de la transfiguration de l'être par l'aliment, de croire en l'assurance de ma rédemption la plus sensationnelle.
Votre très dévoué, X.
Au fait, regardez : http://www.amystevensart.com/